SF₆ et équivalent CO₂ : calculer l’empreinte carbone de son parc électrique
Comment convertir vos fuites de SF₆ en tonnes équivalent CO₂, les intégrer à votre bilan GES ou à votre reporting CSRD, et les réduire.
Le SF₆ est le gaz à effet de serre le plus puissant connu. Quelques kilos de fuite suffisent à peser plus lourd dans un bilan carbone que la flotte de véhicules d’un site entier.
Pourtant, les émissions de SF₆ sont souvent oubliées ou mal estimées dans les bilans d’émissions de gaz à effet de serre. Avec le renforcement du reporting climat des entreprises, convertir correctement ses fuites en tonnes équivalent CO₂ devient indispensable. Voici la méthode, pas à pas.
Comprendre le problème
Le pouvoir d’un gaz sur le climat se mesure par son potentiel de réchauffement global (PRG) : combien de kilos de CO₂ produiraient le même effet sur 100 ans. Pour le SF₆, le règlement européen (UE) 2024/573 retient un PRG de 24 300. Certaines bases de facteurs d’émission utilisent encore la valeur précédente du GIEC, 23 500. L’écart est faible, mais il faut indiquer la valeur retenue et s’y tenir d’une année sur l’autre.
Concrètement : 1 kg de SF₆ émis = 24,3 tonnes équivalent CO₂. C’est à peu près ce qu’émet une voiture thermique sur 150 000 km.
Un industriel exploite un poste de livraison et une vingtaine de cellules HTA. Un disjoncteur fuit lentement et reçoit 3 kg d’appoint dans l’année. Ces 3 kg représentent près de 73 tonnes équivalent CO₂, soit plus que le chauffage au gaz d’un bâtiment de bureaux de taille moyenne.
Deux chiffres à ne pas confondre
Le stock installé se convertit aussi en tonnes équivalent CO₂ : c’est d’ailleurs ainsi que la réglementation exprime les quantités sur les étiquettes. Mais seules les pertes de l’année constituent des émissions à déclarer.
La méthode de calcul pas à pas
- Partez de votre registre : liste des équipements, quantité installée, et toutes les interventions de l’année (voir registre SF₆ et traçabilité).
- Additionnez les appoints : tout le gaz ajouté pour compenser une baisse de pression correspond, par définition, à du gaz perdu.
- Ajoutez les pertes lors des interventions : écart entre la quantité présente avant l’opération et la quantité récupérée, lors d’une vidange ou d’un démantèlement.
- Ajoutez les pertes accidentelles : rupture, arc interne, incident de manipulation, quand elles sont connues.
- Multipliez par le PRG : total en kg × 24,3 = tonnes équivalent CO₂.
- Documentez la méthode, la valeur de PRG et les justificatifs, pour que le calcul soit vérifiable par un auditeur.
Faute de données, certains bilans appliquent un taux de fuite forfaitaire au stock installé. C’est acceptable pour une première estimation, mais cela ne permet pas de montrer vos progrès : mieux vaut s’appuyer sur les appoints réellement réalisés.
Exemple chiffré
| Poste | Quantité de SF₆ | Équivalent CO₂ |
|---|---|---|
| Stock installé (24 cellules + 2 disjoncteurs) | 95 kg | ≈ 2 309 t (exposition) |
| Appoints de l’année | 3,0 kg | ≈ 72,9 t |
| Perte lors d’une vidange | 0,2 kg | ≈ 4,9 t |
| Émissions de l’année | 3,2 kg | ≈ 77,8 t |
| Taux de fuite | 3,2 / 95 ≈ 3,4 % | — |
Dans cet exemple, un seul équipement fuyard concentre plus de 90 % des émissions. Le réparer ou le remplacer suffit à faire chuter le bilan : c’est tout l’intérêt de suivre les appoints équipement par équipement.
Où déclarer ces émissions ?
Les émissions de SF₆ sont des émissions directes fugitives, classées dans le « scope 1 » : elles proviennent d’équipements que vous exploitez. Elles doivent figurer :
- dans le bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES) réglementaire, pour les organisations qui y sont soumises ;
- dans le reporting de durabilité (CSRD et normes ESRS, volet climat) pour les entreprises concernées ;
- dans tout bilan carbone volontaire ou démarche de labellisation.
Les seuils d’assujettissement au BEGES et à la CSRD ont évolué ces dernières années. Vérifiez auprès de votre responsable RSE ou de votre expert-comptable quelles obligations s’appliquent à votre organisation.
Les erreurs à éviter
| Erreur | Risque | Bonne réaction |
|---|---|---|
| Oublier le SF₆ dans le bilan | Bilan incomplet, remarque de l’auditeur | Inventorier tous les équipements électriques HTA/HTB |
| Déclarer le stock comme une émission | Bilan surestimé de façon massive | Ne déclarer que les pertes de l’année |
| Mélanger les PRG d’une année à l’autre | Évolution faussée | Fixer une valeur et la documenter |
| Estimer sans justificatif | Chiffre non vérifiable | S’appuyer sur les rapports d’intervention |
| Ignorer les pertes en fin de vie | Émissions sous-estimées | Exiger les quantités récupérées au démantèlement |
La bonne démarche pour réduire son empreinte
- Faites l’inventaire complet du parc et du stock installé (audit et inventaire).
- Repérez les équipements fuyards grâce aux appoints et à la détection de fuite.
- Réparez ou remplacez en priorité ceux qui concentrent les émissions.
- Récupérez et faites régénérer le gaz lors des interventions plutôt que d’acheter du gaz neuf (recyclage du SF₆).
- Anticipez le remplacement par des technologies sans SF₆ lors des renouvellements.
✅ En résumé
Un kilo de SF₆ perdu, c’est environ 24 tonnes équivalent CO₂. Pour un bilan juste, partez de votre registre, additionnez les appoints et les pertes de l’année, multipliez par le PRG retenu et documentez la méthode. C’est souvent l’un des postes les plus faciles à réduire : quelques équipements fuyards bien identifiés font toute la différence.
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Les valeurs de PRG et les obligations de reporting sont données à titre indicatif. Référez-vous au règlement (UE) 2024/573 et à la méthode de bilan retenue par votre organisation.